États généraux de l’alimentation // Action de la France en faveur de la sécurité alimentaire internationale: l’agriculture familiale doit rester une priorité !

Publié le 20 octobre 2017
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Ci-dessous la contribution d’Afdi aux États généraux de l’alimentation 2017  à l’atelier 12 intitulé « Lutter contre l’insécurité alimentaire, s’assurer que chacun puisse avoir accès à une alimentation suffisante et de qualité en France et dans le monde », et présidé par François Soulage, président du collectif ALERTE

En 2014, la France s’est dotée d’une loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité. Le texte rappelle que la sécurité alimentaire est un volet prioritaire de cette politique et souligne que l’aide bilatérale française « a pour finalité d’améliorer durablement la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages ruraux et urbains, principalement en Afrique subsaharienne, par un soutien aux exploitations agricoles familiales, aux filières, en particulier vivrières et d’élevage, et aux politiques agricoles, alimentaires et nutritionnelles, en intégrant les enjeux de développement durable et de souveraineté alimentaire. »

Via cette loi, la France rappelle le lien intrinsèque entre le développement agricole et la sécurité alimentaire. Afdi tient à rappeler le paradoxe de la faim qui justifie pleinement cette position française : les personnes qui ont le moins accès à la nourriture sont les agriculteurs familiaux.

Exploitant souvent de petites surfaces de manière extensive, et disposant de droits fonciers précaires qui limitent leurs capacités d’investissement, les agriculteurs familiaux les plus pauvres peinent à assurer leur autonomie alimentaire tout en acquérant les biens de première nécessité. Il y a dix ans, cette situation amenait la FAO à estimer que 70% des personnes qui souffrent de la faim sont des agriculteurs familiaux. Alors que cette institution annonce en septembre 2017 que le nombre de personnes sous-alimentées est passé de 777 millions de personnes en 2015, à 815 millions en 2016, il est essentiel que le soutien à l’agriculture familiale reste en tête des priorités françaises en matière de sécurité alimentaire.

Pour que cette volonté politique se traduise dans les faits, plusieurs leviers paraissent déterminants :

  • La France doit affirmer l’importance du respect du droit à l’alimentation dans les instances internationales. Il implique que «chaque homme, chaque femme et chaque enfant, seul ou en communauté avec d’autres, a physiquement et économiquement accès à tout moment à une nourriture suffisante ou aux moyens de se la procurer ». Le Droit à l’alimentation est d’abord le droit de se nourrir dans la dignité, grâce à sa production ou à des activités économiques permettant d’accéder à l’alimentation. Il implique donc que tous les agriculteurs familiaux puissent dégager un revenu suffisant de leur activité et induit, par conséquent, une répartition équitable de la valeur ajoutée des filières agricoles.

  • La France doit présenter une stratégie sécurité alimentaire cohérente, intégrant les prérogatives nationales et internationales. Pour cela, elle doit se doter d’un document de référence mettant en lien sa politique agricole interne et son action internationale.

Selon Afdi, pour assurer cette cohérence, la France doit mettre en priorité le transfert de connaissances et devenir un leader des partenariats économiques responsables dans le domaine agricole et agro-alimentaire. Elle doit également valoriser, au sein de l’Europe et des instances internationales, la particularité de l’agriculture dans le commerce mondial en défendant des échanges régulés par des instances multilatérales intégrant le rôle social, économique et environnemental du secteur.

Art 3 de la loi N°2014-773 du 7 juillet 2014 loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité: Une cohérence est recherchée entre les objectifs de la politique de développement et de solidarité internationale et ceux des autres politiques publiques susceptibles d’avoir un impact dans le domaine du développement, en particulier les politiques commerciale, agricole, fiscale, migratoire, sociale ou les politiques relatives aux droits des femmes, à la recherche et à l’enseignement supérieur, à l’éducation, à la culture, à la santé, à l’environnement, à l’énergie et à la lutte contre le changement climatique, à la paix et à la sécurité, à l’économie sociale et solidaire ou aux outre-mer.

  • Le soutien de la France aux organisations paysannes des Pays en développement doit être renforcé. Ce volet de l’aide publique au développement a une importance majeure dans l’action française en faveur de la sécurité alimentaire. Seules des organisations paysannes bien structurées peuvent garantir que leurs membres, agriculteurs familiaux, puissent contribuer aux efforts de développement local et aux politiques agricoles nationales. Les organisations paysannes portent la voix des premières victimes de la faim qui, sans elles, seraient parfois oubliées dans les débats économiques et politiques.

Alors que les agriculteurs familiaux sont les premières victimes de la faim à l’échelle mondiale, la France doit entreprendre des actions en faveur de la sécurité alimentaire qui connectent ses actions nationales, européennes et internationales pour cette forme d’agriculture. Seule cette réflexion permettra à la France d’occuper sa place historique en matière de diplomatie des droits de l’homme, d’assurer l’efficacité de son importante aide publique au développement et de différencier son action économique en devenant un leader de la responsabilité sociétale au sein de la filière agricole et agro-alimentaire. Cette orientation serait un moyen efficace de consolider des partenariats durables avec les pays et les continents les plus touchés par la pauvreté et la faim.