Tribune de Vincent Touzot (JA) : Les Agricultures interdépendantes face aux accords commerciaux

Publié le 4 novembre 2016
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La multiplication des zones de libre-échange entre différents espaces régionaux ou Etats impose de nouveaux rapports entre les agricultures du monde. Les agricultures sont connectées entre elles et nos revenus dépendent du travail de nos collègues, parfois des plus lointains. Malheureusement, la production agricole mondiale fluctue, contrairement à la consommation qui dépend de la capacité de nos estomacs : quand la récolte mondiale est bonne, les prix chutent ; quand elle est mauvaise, les prix s’envolent. Ajoutez à cela les différences de productivités, de normes, de politiques agricoles… et vous opposez sur un marché singulier des agricultures familiales aux différences pourtant salvatrices.

La production alimentaire répond à des particularités économiques qui imposent de la considérer comme un secteur d’exception et de la traiter comme tel dans les négociations commerciales multilatérales et bilatérales.

L’Union Européenne est actuellement en négociation commerciale avec un grand nombre d’Etats et d’ensembles régionaux. Résumer les intérêts de ces négociations d’une façon binaire, offensifs ou défensifs, est beaucoup trop simpliste et dangereux pour les agriculteurs.  Ce raisonnement donne l’avantage au « moins-disant » en termes de coût de production, et de normes sanitaires, sociales et environnementales. L’alignement sur le plus compétitif tend à uniformiser nos systèmes de production et concentrer nos exploitations au détriment de l’emploi et de la diversité des agrosystèmes.

La valeur créée par les agriculteurs familiaux ne peut pas se lire qu’à travers la balance commerciale. Elle ne résume pas aux avantages comparatifs conférés à un Etat dans une logique de concurrence internationale. Elle est bien plus grande que cela et se caractérise par la diversité des productions des agricultures familiales, par leur occupation et leur valorisation des territoires, par leur création d’emplois et enfin, par leur capacité à s’adapter et à relever les défis posés par le réchauffement climatique.

Nous, Jeunes Agriculteurs, considérons qu’il est aujourd’hui possible de concilier les échanges mondiaux de produits agricoles avec le développement des Hommes grâce au développement des agricultures familiales. Il faut pour cela reconsidérer les échanges commerciaux dans une logique de complémentarité entre grands espaces régionaux et non comme une confrontation des agricultures.

Nous devons imaginer des alliances transnationales des organisations paysannes permettant de construire des positions communes face aux propositions des négociateurs des accords commerciaux.

C’est pour cette raison qu’il nous paraît plus que nécessaire d’avancer sur la construction d’un forum mondial de jeunes agriculteurs. Nous devons, sur ce sujet comme sur bien d’autres, être unis pour défendre la riche diversité des agricultures du monde.

Vincent Touzot, agriculteur, responsable PAC, Europe et international du syndicat Jeunes Agriculteurs (JA),  et membre du Conseil d’administration national d’Afdi.