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Crise du coronavirus. Tchad : gestion du confinement familial et perte de revenus, les multiples défis des femmes productrices

Entretien avec Elisabeth Nadjiyam, présidente d’Aprofika

Le karité est le plus souvent une affaire de femmes. En particulier au Tchad où la filière reste artisanale. L’organisation en groupements de productrices contribue à leur autonomisation économique. Dans la province du Mandoul, principale zone de production du pays, l’Association pour la Promotion du Karité (Aprofika) anime 3780 membres*, essentiellement des femmes, à la valorisation du karité transformé en beurre, savon et crème. L’OP s’engage aussi dans le renforcement de leurs compétences avec des formations professionnelles et des cours d’alphabétisation.

« La crise touche les femmes sur de nombreux plans, en tant que productrices mais aussi en tant que gestionnaires de foyers et mères d’enfants déscolarisés », témoigne la présidente de l’association ».

 

Entretien

Quelles activités exercent les membres d’Aprofika ?

Les femmes de la province (du Mandoul) collectent et transforment les noix de karité en beurre, savon, crème et les déchets en bois de chauffe…… Elles cultivent aussi le mil, le riz, le niébé et le sésame. Certaines ont à côté des activités artisanales ou tiennent un petit commerce et pratiquent aussi l’élevage des petits ruminants et de la volaille.

 

Campagne retardée

Quel impact a la crise du coronavirus ?

D’ordinaire, la collecte des noix a lieu de mi-mai à mi-septembre mais avec le retard de la pluie, elle débute seulement maintenant. Les mesures barrières : fermetures des écoles et lieux de culte, interdiction des réunions à plus de 50 personnes sont toujours en vigueur ; ce qui impacte les activités collectives comme les formations et les réunions. Pour la collecte, les femmes partent ramasser les noix en brousse à deux ou trois seulement.

Qu’en est-il des activités de transformation ?

Nous avons continué à transformer les amandes de l’année passée en beurre et ses sous-produits en savon et pommade mais en nous organisant différemment pour respecter les mesures barrières. Là où 30 à 40 personnes travaillaient ensemble, ce sont des groupes de 5 à 10 qui opèrent. Pendant que 5 femmes partent collecter les noix fraiches en brousse, 5 autres préparent l’eau pour le lavage des noix collectées et la cuisson. Ensuite un autre groupe de 5 personnes effectue le séchage et le concassage.

 

Gérer la perte de revenu et le confinement des provinces

 Le quotidien des femmes a-t-il changé ?  

En tant que gestionnaires de leurs foyers, les femmes sont particulièrement touchées par les restrictions au regroupement et aux déplacements. Celles qui exercent des activités de service comme le tressage des cheveux ou sont employées de maison ou commercent en ville, ont perdu cette source de revenu. Les enfants ne vont plus à l’école, les hommes qui travaillent dans la restauration ou les agences de voyages ont perdu leur emploi. La perte de revenus et l’enfermement créent un stress qui peut dégénérer en violence. Les femmes doivent gérer tout cela.

Comment Aprofika peut-elle les soutenir ?

Nous n’avons pas cessé nos activités de transformation et nous continuons à vendre nos produits localement. Nous avons aussi initié la mise en place d’une « petite caisse » d’épargne dans les groupements et cellules. Chacune y verse chaque semaine une petite somme pendant trois à quatre mois. À l’ouverture de la caisse, les cotisantes reçoivent le montant au prorata de leur versement. Il leur permettra de disposer d’un peu d’argent pour les soins, les médicaments ou les autres besoins de la famille.

 

Maintenir les bonnes pratiques d’hygiène

 Quelles leçons tirer de la crise ?

Nous allons continuer à sensibiliser à l’hygiène et conserver les bonnes pratiques adoptées, comme l’eau à la porte des unités de transformation pour se laver les mains et le port du cache-nez pour les activités de transformation.

Comment voyez-vous le futur ?

La fermeture des écoles nous inquiète. Il ne faut surtout pas que les filles abandonnent leur scolarité. Nous attendons aussi la reprise des cours d’alphabétisation. Nos groupements sont féminins, à l’exception d’une partie des secrétaires hommes. Pour l’instant, ce sont toujours eux qui rédigent les rapports.

 ***

 

 

L’accompagnement d’Afdi

L’Association pour la Promotion de la filière Karité (Aprofika) fédère plus de 170 groupements* de femmes productrices de la province du Mandoul, au Sud du Tchad. Partenaire d’Afdi Hauts-de-France depuis 2016, Aprofika a été appuyée par le bureau d’Afdi au Tchad dans l’élaboration d’un plan stratégique pour la mise en œuvre de services répondant aux besoins des transformatrices.

L’association s’engage également dans le renforcement des compétences de ses membres à travers des formations sur la vie associative, la transformation, la protection de l’environnement, les bonnes pratiques agricoles et l’alphabétisation. Avec Afdi, Aprofika et deux autres organisations paysannes tchadiennes rassemblant des groupements de femmes, ont mis en œuvre un programme d’alphabétisation fonctionnelle des femmes rurales, ALFOP, en partenariat avec Lead Tchad et Aster International et avec le soutien de l’AFD. Les cours d’alphabétisation interrompus par la crise reprendront dès que les mesures de restriction aux rassemblements seront levées.

 *  Les groupements rassemblent 3778 membres, dont 2898 femmes adultes, 100 hommes adultes (secrétaires dans les groupements) et 880 jeunes (femmes et hommes) répartis dans 28 cellules et 176 groupements.

 

 

 

 

Crise du Coronavirus :
les OP témoignent

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