Coronavirus : Afdi et les OP, dans une démarche concertée pour gérer la crise. Entretien avec Henri Bies-Péré

Publié le 24 avril 2020
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Guinée CEF FPFD Afdi Hauts de France récolte pomme de terre

Entretien avec Henri Bies-Péré, Président d’Afdi

 

La lutte contre la pandémie du coronavirus s’accompagne partout dans le monde de mesures de restriction. Quels sont les impacts sur les agriculteurs familiaux en Afrique ?

Le risque, en Afrique comme en France, est la rupture des chaines d’approvisionnement alimentaire. La fermeture des commerces et des marchés entrave l’accès aux produits alimentaires et aux intrants et diminue les sources de revenus. Par ailleurs, si les paysans n’ont pas accès aux semences, de nombreuses campagnes agricoles seront impactées. La réduction de la disponibilité de produits agricoles en 2020 risque de fragiliser davantage l’accès à l’alimentation et d’aggraver les pénuries alimentaires.

Avec cette difficulté supplémentaire que la plupart des paysans du Sud ne disposent d’aucune ressource de trésorerie pour tenir. La sécurité alimentaire des plus vulnérables est donc en jeu.

 

Comment les organisations paysannes partenaires d’Afdi font elles face à la crise ?

Elles sont déjà partout sur le front. D’un côté, elles se battent pour la santé de leurs équipes et de leurs membres, de l’autre elles se mobilisent pour assurer la disponibilité des produits agricoles et la continuité des activités.

Les initiatives sont nombreuses. La plupart des organisations paysannes ont lancé des actions de communication sur les mesures barrières. La Coordination togolaise des organisations paysannes et de producteurs agricoles (CTOP) distribue des vivres aux plus vulnérables ; Aprofika, organisation de femmes au Tchad, confectionne des masques et augmente sa production de savons ; au Bénin, la Fédération des unions des producteurs (Fupro) va produire des émissions radio sur les gestes barrières et l’hygiène en production agricole…

Les OP s’impliquent particulièrement dans le maintien de l’activité économiques de leurs membres. Rofama, coopérative laitière à Madagascar a mis en place en quelques jours un système de commandes par téléphone et de livraison de produits laitiers à domicile pour limiter les effets du confinement ; la fédération de producteurs de semences du Bénin multiplie les points de vente locaux pour satisfaire les besoins des producteurs, alors que la campagne agricole commence. Ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres. Toutes les OP partenaires d’Afdi sont mobilisées.

Au niveau régional, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) a mis en place un comité de veille avec son réseau de plateformes nationales et négocie des mesures d’urgence pour le secteur agricole auprès des Etats et des institutions régionales … Afdi est partie prenante de ce comité de veille.

 

De quelle façon Afdi peut-elle soutenir les actions de ses partenaires ?

De façon multiple et en fonction de leurs besoins. Ce que nous vivons est inédit mais ensemble nous pouvons sûrement imaginer des réponses appropriées. Nous devons nous assurer que les activités se poursuivent, à l’échelon des exploitations comme à celui des filières.

Nous reprogrammons les activités 2020 pour les adapter aux nouveaux besoins, nous les aidons à consolider un dispositif d’information avec leurs membres en s’appuyant sur le digital. Nous partageons les initiatives des OPA des différents pays, y compris la France pour favoriser l’émergence de nouvelles idées…

A plus long terme, nous devons accompagner les organisations paysannes dans leur plaidoyer pour promouvoir un véritable plan d’accompagnement de l’agriculture familiale, afin que celle-ci contribue à la souveraineté alimentaire du continent africain. L’épisode que nous traversons devrait faire prendre conscience aux décideurs que l’agriculture doit être une priorité absolue de leur action.

 

Afdi s’engage avec Agricord et la PAFO dans un plan de réponse à la crise ? De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’une initiative conjointe de l’Alliance AgriCord, constituée par 13 agri-agences de tous les continents, dont Afdi fait partie, et de l’Organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO) pour répondre à la crise en collaboration avec les organisations paysannes africaines. L’objectif est d’une part de limiter l’impact de la crise sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire, d’autre part d’anticiper la période post-crise. Une consultation des leaders paysans et des organisations paysannes a été conduite mi-mars sur tout le continent pour dresser l’inventaire des effets négatifs de la pandémie, collecter des propositions de solutions, et organiser les actions du niveau local au niveau international.

Notre réponse à la crise est la solidarité paysanne. Partageant une même planète, nous nous devons d’être dans un même élan responsables et équitables.