Les OP face à la crise du coronavirus. Madagascar, les réponses de Rofama et de l’UCLS

Publié le 30 avril 2020
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Madagascar, Triage de fèves cacao dans magazin UCLS

Depuis le 22 mars, la proclamation de l’Etat d’urgence et la mise à l’arrêt des taxis brousse ont drastiquement réduit les possibilités de circulation à Madagascar. Trois régions confinées, ont été soumises à des mesures particulièrement rigoureuses, dont celle de Haute Matsiatra au Sud, où se trouve l’Union de coopératives laitières Rofama. Dans la région de Diana, au Nord du pays, l’UCLS, reprend la collecte de fèves de cacao.

 

Avec la fermeture des commerces et de la restauration, les producteurs laitiers de Rofama perdent des débouchés

Pour les éleveurs laitiers de la région de Fianarantsoa, au centre du pays, le choc a été rude. D’ordinaire, la coopérative de base collecte le lait au niveau des paysans dans un rayon d’action de 30 km. Du jour au lendemain, une partie des commerces, la restauration et l’hôtellerie ont fermé, privant les éleveurs d’une grande part de leurs débouchés. Restaient les marchés de la ville voisine de Fianarantsoa, à condition de pouvoir s’y rendre et d’y retrouver les clients dans un créneau horaire restreint. « Il faut persuader le client d’acheter le matin », précise Théophile Randriambololona, directeur de l’Union de coopératives laitières Rofama, partenaire d’Afdi Bourgogne-France-Comté depuis 2011.

Rofama organise collecte et points de vente en ville

Pour assurer l’écoulement de la production de ses membres au moins sur la ville de Fianarantsoa, Rofama, qui regroupe 6 coopératives et 320 adhérents, a recours à trois livreurs équipés de motos et d’un tricycle. Tous les jours, ils collectent le lait mais plus le fromage. Le conseil d’administration a décidé d’en interrompre la production, faute de pouvoir en assurer la commercialisation auprès de la restauration.

Rofama a établi quatre points de vente dans la ville. L’OP appelle aussi le client pour des livraisons à domicile. 250 litres sont ainsi écoulés chaque jour. C’est cependant deux fois moins qu’auparavant. Les éleveurs-producteurs vendent le reste de leur production localement à des prix très inférieurs au marché. Bien que limitée grâce à ce nouveau système de vente et collecte, la perte de revenus atteint 35%.

L’esprit coopératif renforcé malgré une trésorerie mal en point

L’organisation paysanne subit elle aussi la crise : ses ressources dépendent des résultats divisés par deux, tandis qu’à ses charges fixes s’est ajouté le coût de la collecte motorisée, de tanks réfrigérateurs et de congélateurs pour stocker. Sa trésorerie est donc mal en point alors qu’il faudrait rembourser un emprunt à des taux faramineux, souscrit pour l’acquisition de dix vaches laitières. Malgré tout, le directeur de Rofama veut voir les bons côtés : « En montrant tout l’intérêt de la collecte et de la vente groupée, cette crise a permis de renforcer l’esprit coopératif ». Une fois celle-ci passée, il perdurera, espère-t-il.

Tank réfrigérateur pour le lait et point de vente avec barrière de Rofama

 

Cacao : la collecte de fèves des producteurs de l’UCLS suspendue

La région de Diana au Nord de l’Ile n’est pas soumise aux mêmes restrictions. Néanmoins, les 465 producteurs de cacao bio et équitable, regroupés dans 23 coopératives membres de l’UCLS, partenaire d’Afdi Hauts-de-France, ont pâti de l’arrêt momentané des activités. Pour répondre aux mesures de confinement, les salariés ont arrêté la collecte des fèves, alors que par ailleurs, le client avait suspendu sa commande. « Nous pensons que les fèves ont conservé la qualité exigée pour l’exportation mais il y a un risque qu’une partie de la production ne soit plus recevable », explique Laza Mandimbisoa, directeur de l’UCLS.

Depuis un mois et demi les producteurs de cacao n’ont pas été rémunérés. La vente de bananes et d’oranges, autre source de revenus, a également été interrompue durant deux semaines en raison de l’interdiction de déplacement. Une mesure désormais levée. La collecte de fèves de cacao doit reprendre à la fin du mois.

Des élus plus impliqués dans les décisions logistiques

« Les élus ont pris conscience de leur rôle dans les décisions à prendre en matière de logistique et de collecte. C’est important que les producteurs puissent collecter et stocker eux-mêmes si d’autres périodes de confinement survenaient », considère Laza Mandimbisoa. Le directeur de l’UCLS se veut lui aussi optimiste. Même si les porte-conteneurs qui acheminent les fèves à destination de l’Europe ne devait accoster que tous les deux mois dans le port de Diego-Suarez, l’UCLS serait en mesure de s’adapter, estime-t-il.

Madagascar, Triage de fèves cacao dans magazin UCLS

Madagascar, Triage de fèves sèches de cacao dans magasin UCLS

 

Les OP sensibilisent à la lutte contre le coronavirus

Rofama et l’UCLS ont poursuivi leurs activités de conseil technique sur le terrain, ce qui leur a permis de prendre la mesure de l’impact de la crise sur leurs membres. Les deux organisations paysannes participent à la lutte contre le coronavirus en sensibilisant aux gestes barrières. Elles se sont aussi approvisionnées en masques pour les distribuer aux équipes techniques et aux agriculteurs.

A Madagascar, le déconfinement progressif a commencé. Les prix des produits de première nécessité qui avaient flambé la première semaine sont redescendus. Une bonne nouvelle pour les agriculteurs familiaux, qui comme leurs organisations paysannes, se retrouvent avec des difficultés de trésorerie.

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