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Crise du coronavirus. Côte d’Ivoire : « Les femmes qui commercialisent les surplus de l’agriculture vivrière ont été les plus impactées. »

Entretien avec Sédric Konan, Président de l’UIREC

L’Union inter-régionale des sociétés coopératives (UIREC) regroupe 25 coopératives de base de la région de San Pedro, au sud-ouest du pays. A côté du cacao, l’activité majeure des 11 000 membres et de la région, les femmes pratiquent des cultures vivrières dont le surplus est commercialisé. La crise les a privées de ce revenu. Si la filière cacao a été épargnée par la crise, elle souffre de l’épuisement des sols et des rendements, c’est pourquoi l’UIREC parie sur la transition agroécologique.

 

Les productrices les plus affectées

Les producteurs membres de l’UIREC ont-ils été impactés par les mesures de restriction liées à la lutte contre le coronavirus ?

Les productrices – ce sont presque toujours des femmes – qui vendent le surplus des cultures vivrières ont été très touchées. La région de San Pedro elle-même n’a pas été confinée mais le bouclage d’Abidjan a rendu impossible la commercialisation d’aubergines, tomates et gombo sur les marchés de la capitale. Les récoltes se sont gâtées. Depuis une semaine le bouclage d’Abidjan est levé mais il n’est toujours pas possible d’acheminer les produits. Seuls les camions sont autorisés à passer jusqu’à la fin du mois et ils ont triplé leurs tarifs alors que le prix des aubergines reste le même.

 

Y a-t-il une division du travail entre les sexes ? Aux hommes la culture du cacao, aux femmes celle des cultures vivrières ? 

Les femmes travaillent au moins autant que les hommes dans la filière cacao. Elles collectent les cabosses, en extraient les fèves et les trient. Pour ce qui est de la récolte, les hommes interviennent le plus souvent une fois les fèves séchées, et les commercialisent. Le revenu tiré de la production vivrière annexe est souvent le seul dont les femmes disposent. Les pertes dues à la crise sont un coup très dur. Beaucoup de femmes se sont endettées. L’UIREC a dû intercéder auprès des commerçants de la ville de Gabiadji. Nous garantissons leur crédit, autrement elles ne pourraient plus s’approvisionner en riz et autres denrées de base.

 

Des sols appauvris par le changement climatique et des rendements en baisse

Quel est l’impact sur la filière cacao ?

Les commandes passées n’ont pas été remises en cause. Les fèves peuvent être stockées et la demande reste forte. Le problème de la filière, qui assure environ 70% du revenu de nos producteurs, est ailleurs : le rendement de la culture et la marge du producteur sont très faibles.

Du fait du changement climatique, les sols sont beaucoup moins fertiles qu’avant. Ils sont érodés, il y a des glissements de terrain. Le rendement à l’hectare est tombé de 1200 kg par an à moins de 300 kg. Et le prix des fèves n’a pas augmenté. La marge des producteurs est donc extrêmement faible. 80% des revenus sont utilisés pour financer les intrants.

 

Le pari de la transition écologique. Trouver des chocolatiers…

Comment vivre de cette filière ?

L’UIREC, accompagnée par Afdi et par l’école d’agronomie de l’Institut National Polytechnique d’Abidjan s’est engagée dans la transition agroécologique. 1600 producteurs de 5 de nos coopératives membres y participent. Il s’agit de réformer nos pratiques pour retrouver la fertilité des sols et in fine améliorer nos rendements et valoriser la filière.

 

Envisagez-vous aussi de transformer le cacao ?

L’UIREC souhaiterait transformer le cacao en produit fini ou semi-fini mais cela suppose d’avoir des acheteurs fiables. Il n’y a pas de marché local pour le chocolat. Nous cherchons donc à établir des relations commerciales avec des chocolatiers en Europe. Encore faut-il les trouver. Nous espérons que nos partenaires nous y aiderons.

 

 

L’UIREC renforce les capacités économiques de ses 25 coopératives membres et leur propose des formations aux techniques agricoles et à la vie associative. Trois de ces coopératives productrices de cacao sont des groupements de femmes. L’Union soutient le développement d’activités génératrices de revenus, qui leur octroient plus d’autonomie. Appuyée par Afdi, et avec le soutien de la CEDEAO et de l’AFD, l’UIREC s’engage depuis 2019 dans la transition écologique avec le projet VITAL.

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