« Nos exports doivent être conciliables avec un développement local et ne pas appauvrir les producteurs locaux »

Publié le 24 avril 2017
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Les dossiers d’Afdi (Dossier « Lait » Partie 2)

Marie-Thérèse Bonneau est éleveuse de vaches laitières en Vendée et première vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), syndicat majoritaire de la filière lait en France. Interview.

Quelle est l’importance du marché mondial pour la filière laitière française ?

Aujourd’hui, 40% du lait français est destiné à l’export. 85% des exportations sont faites au sein de l’Union Européenne. Pour les 15% restant, une part importante est destinée à la Chine et à l’Afrique, essentiellement sous forme de poudre de lait. L’avantage du lait français est sa traçabilité et le sérieux des contrôles qualité qui sont effectués par des laboratoires indépendants.

L’Afrique a donc une place importante en matière d’exports ? 

Il y a une histoire commune car plusieurs industriels laitiers français, comme Lactalis ou Bongrain, sont implantés historiquement en Afrique. En Afrique du Nord, ils sont très présents dans la filière de reconstitution de la poudre de lait. Ils le sont beaucoup moins dans celle des produits transformés à plus haute valeur ajoutée, tels que les fromages, qui sont destinés au marché américain.

Faudrait-il être davantage présent sur le marché africain des produits transformés ?

Je ne regrette pas qu’on ne mange pratiquement pas de camembert en Afrique ! Il y a un déficit de production laitière sur ce continent et, parallèlement à l’envoi de matières de base, il faut se demander si les investissements européens peuvent valoriser les cultures alimentaires locales. C’est une démarche essentielle pour ne pas imposer notre culture. Les industriels français ne devraient pas dire « voilà ce qu’on va vous offrir ! », mais bien se demander « de quoi avez-vous besoin ? ».

Les exports français et le respect de la filière locale sont-ils deux dimensions conciliables ?

Oui, je le pense. Si on veut nourrir 9 milliards d’habitants d’ici 2050, ce ne sera pas grâce à une agriculture ou l’autre, mais grâce à toutes les agricultures. Nos exports doivent être conciliables avec un développement local et ne pas appauvrir les producteurs locaux. Il faut que nous réfléchissions à des systèmes de développement agricole qui permettent aux gens de ne plus émigrer par désespoir. Néanmoins, nous devons également assumer les responsabilités mondiales de l’Europe, qui est une zone fertile. Il faut éviter le nombrilisme, en croyant que nous ne devons produire que pour les européens. La conciliation de ces grands enjeux nous permettra de sortir d’un développement économique international sauvage et nuisible au développement local.

Quelle est la position de la FNPL sur cet équilibre entre développements commercial et local ?

Nous pensons que les volumes de lait produits en France doivent être définis en fonction de ce qui est commercialisable. Il nous parait incongru de produire pour un marché qui n’existe pas et pour favoriser le stockage. Si la filière a globalement intérêt à augmenter le volume de production, ce n’est pas le cas du producteur. Dans les périodes de baisse des prix, les producteurs doivent produire plus pour conserver leur chiffre d’affaires. Au niveau collectif, c’est un comportement destructeur. Pour la FNPL, l’équilibre entre offre et demande est un objectif aussi bien national, européen, que mondial.

Comment envisagez-vous la relation avec vos homologues africains dans 30 ans ?

J’espère que nous arriverons à être unis pour faire comprendre aux responsables politiques que l’accès à l’alimentation est la première des souverainetés. La politique agricole commune est née pour répondre à deux priorités expliquées par Edgard Pisani : nourrir la population européenne et sortir les paysans de la pauvreté. Ces deux priorités doivent aujourd’hui devenir internationales.

 

Propos recueillis par Stéven Le Faou, responsable pôle information Afdi

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